La loi du marché : du silence et des maux

Sorti le 20 mai 2015, le film de Stéphane Brizé La loi du marché a suscité de nombreux débats. Ce drame de 90 minutes dépeint avec émotion la réalité de nombreux demandeurs d’emploi français. Vincent Lindon incarne parfaitement cette vérité destructrice autant économiquement qu’émotionnellement.

 

« Thierry Taugourdeau, la cinquantaine, enchaîne les formations sans avenir et les rendez-vous à Pôle Emploi depuis qu’il a été licencié, comme beaucoup de ses collègues, par une société qui faisait pourtant des bénéfices. Entre les traites de l’achat de la maison familiale et les frais de scolarité élevés de leur fils handicapé, Thierry et son épouse ne s’en sortent plus financièrement. Pris à la gorge, Thierry accepte un poste de vigile dans un supermarché. Il se retrouve contraint de surveiller les clients, de les traquer. Cet emploi le confronte quotidiennement à des situations difficiles, qu’il a de plus en plus de mal à supporter et à accepter… »

Du silence et des maux. Par l’absence de musique, Stéphane Brizé parvient habilement à nous faire ressentir le poids du quotidien du personnage central. D’abord la recherche d’emploi, longue et infructueuse. Et puis la reconversion, dernier recours dans cette situation inéluctable. Après avoir suivi une formation de grutier inefficace, Thierry Taugourdeau fini par accepter un poste de vigile dans une grande surface. Pour subvenir aux besoins de son fils handicapé et pour soutenir sa femme, avec qui il parvient à s’échapper quelques heures lors de leurs cours de danse, il se rend chaque jour à un travail qui ne lui convient pas. Comme des milliers de Français il se retrouve confronté à une réalité parfois injuste, celle qu’il subit et qu’il doit imposer aux autres, à ce vieil homme incapable de payer un peu de viande, à sa collègue hôtesse de caisse mis au même rang qu’une criminelle pour avoir volé quelques coupons de réductions. Cette même collègue qui se donnera la mort sur son lieu de travail… Le directeur du magasin ainsi que le directeur des ressources humaines rassemblent alors tous les employés pour échanger sur cet évènement tragique. En cherchant à déculpabiliser les employés – « personne ne doit se sentir responsable de quoi que ce soit » – c’est eux-mêmes qu’ils cherchent à dédouaner. Alors on invoque la place du travail dans la vie de la disparue, son fils drogué et ses problèmes financiers. Et c’est bien là que réside le débat actuel. Car si l’on a une vie à côté de notre travail, à quoi ressemble-t-elle lorsque ce même travail ne parvient pas à nous épanouir ? Comment subvenir aux besoins de ses proches, comment payer les études de ses enfants, comment partir en vacances et comment ne pas laisser toutes ces questions entraver nos relations ?

 

Stéphane Brizé a remporté le Prix du Jury Oecuménique – Mention Spéciale lors de la 68ème édition du festival de Cannes en 2015 tandis que Vincent Lindon a remporté le Prix d’interprétation masculine. L’acteur a également remporté le César du Meilleur acteur lors de la 41ème édition des César en 2016.

 

Sarah Belnez pour Sereni Magazine



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