La parabole des trois chariots et de la maison en feu

180_1-Maison en feu-t_modifi1
Extrait du chapitre III du Sûtra du Lotus « Analogies et paraboles » (Le Sûtra du Lotus, Ed. Les Indes savantes, p. 72-77.)


Shariputra, imagine que dans certaine ville d’un pays donné vivait un très riche personnage. D’âge déjà avancé et d’une fortune inimaginable, il possédait d’innombrables champs, maisons et serviteurs. Sa propre demeure, vaste et pleine de recoins, ne disposait cependant que d’une seule porte d’entrée. Beaucoup de gens vivaient là – cent, deux cents, voire jusqu’à cinq cents personnes. Les salles et les chambres étaient vétustes et délabrées, les murs croulants, les pilastres vermoulus à la base, les poutres et les chevrons infléchis et tordus.


Or, un incendie survint, qui se répandit à travers toute la maison et gagna toutes les pièces. Les fils de ce riche personnage, dix, vingt ou peut-être même trente, se trouvaient à l’intérieur. Lorsque leur père vit les flammes immenses lécher les murs de tous côtés, affolé et terrifié, il se dit : « Je peux me mettre en sécurité en franchissant la porte d’entrée en proie aux flammes, mais mes fils sont à l’intérieur de cette maison qui brûle, ils jouent et s’amusent en toute insouciance, ignorant qu’il y a le feu et inconscients de tout danger. Le brasier se rapproche et va les cerner, des souffrances terribles les menacent, mais comment songeraient-ils à s’échapper puisqu’ils n’ont aucune notion du péril qui les guette ? »


Shariputra, notre riche personnage réfléchit encore : « J’ai suffisamment de force dans le corps et les bras, je peux les envelopper d’un vêtement, les mettre sur un banc et les porter à l’extérieur de la maison. » Puis il poursuivit son raisonnement : « La maison n’a qu’une seule entrée, qui est petite et bien étroite. Mes fils sont très jeunes, ils ne comprennent rien, ils aiment tant leurs jeux et y sont si absorbés qu’ils risquent fort de périr brûlés. Il faut absolument que je leur explique pourquoi je suis si inquiet pour eux. La maison est dévorée par les flammes, il faut que je les fasse sortir au plus vite et les empêche de mourir dans l’incendie ! »


Arrivé là dans ses réflexions, il suivit son plan, appela ses fils et leur dit : « Sortez immédiatement ! » Mais, bien que leur père soit plein de pitié pour eux et leur donne des instructions pour leur bien, les enfants étaient si absorbés dans leurs jeux qu’ils n’avaient aucune envie de lui obéir. Aucune crainte, aucune peur ne les habitait, ni la moindre préoccupation quant à la nécessité de quitter la maison. Qui plus est, ils n’avaient aucune envie de lui obéir. Aucune crainte, aucune peur ne les habitait, ni la moindre préoccupation quant à la nécessité de quitter la maison. Qui plus est, ils n’avaient aucune notion de ce qu’étaient un incendie, ni une maison, ni un danger. Ils continuaient donc à courir dans tous les sens et à jouer, à regarder leur père sans la moindre velléité de lui obéir.


Le riche personnage pensa alors : « La maison est déjà ravagée par l’incendie. Si mes fils et moi ne sortons pas d’ici le plus vite possible, nous allons mourir brûlés, c’est certain. Il faut que je conçoive tout de suite des moyens opportuns qui permettent à mes enfants d’échapper à ce péril. »


Le père connaissait parfaitement ses fils, il savait pertinemment quels jouets et quels objets curieux attireraient précisément chaque enfant et lui plairaient, c’est pourquoi il leur dit : « Ce qui vous amuse est rare et difficile à trouver. Si vous ne le prenez pas quand l’occasion se présente, vous le regretterez plus tard. Par exemple des chars tirés par des chèvres, des daims ou des bœufs. Il y en a juste de l’autre côté du portail, vous pouvez jouer avec ! Sortez donc tout de suite de cette maison en flammes, et je vous donnerai tous ceux que vous voudrez ! »


À cet instant, quand les fils entendirent leur père parler de ces jouets très rares et dont ils avaient précisément envie depuis longtemps, chacun fut dévoré d’envie et tous se ruèrent hors de la maison en flammes en se bousculant.


À cet instant, voyant que ses fils étaient sortis indemnes de la maison et étaient tous assis sur l’esplanade à l’extérieur, enfin hors de danger, le riche personnage fut intensément soulagé et son esprit dansa de joie. Alors, les enfants se mirent à réclamer : « Ces jouets que vous nous avez promis tout à l’heure, les chars tirés par des chèvres, des daims ou des bœufs, s’il vous plaît, donnez-les nous, à présent ! »


Shariputra, le riche personnage donna alors à chacun de ses fils un grand char, de taille et de qualité identiques. Les chars étaient hauts et spacieux, ornés de nombreuses pierreries, avec une rambarde tout autour et des clochettes aux quatre coins. Un dais les surplombait, également incrusté de diverses pierres précieuses. Des torsades de pierreries et des guirlandes de fleurs les décoraient, des piles de coussins garnissaient l’intérieur sur lesquels étaient encore disposés des oreillers d’un rouge profond. Chaque char était tiré par un bœuf blanc, à la robe immaculée, de belle allure et d’une grande force, capable de le tirer régulièrement et sans heurts, mais à la vitesse du vent. En plus de cela, quantité de serviteurs et de bouviers les escortaient et veillaient sur les chars.


Quelle raison à tout cela ? Les richesses de ce personnage étaient sans limite et ses réserves regorgeaient de marchandises à en déborder. C’est pourquoi il se disait : « Mes biens sont si opulents que ce ne serait pas correct si je ne donnais à mes fils que de petits chars de qualité inférieure. Ces petits garçons sont tous mes fils et je les aime tous sans partialité. Je possède d’innombrables grands chars ornés de sept sortes de joyaux. Je dois faire preuve d’impartialité et en donner un à chacun de mes fils, sans faire aucune discrimination. Pourquoi donc ? Parce que même si je décidais de distribuer mes richesses à tous les habitants sans exception de ce royaume, je ne les épuiserais pas, encore bien moins en les donnant à mes fils ! »


À ce moment, chacun des fils monta dans son grand char, ayant obtenu quelque chose qu’il n’avait jamais eu auparavant et à quoi il ne se serait même jamais attendu.


Que penses-tu de cela, Shariputra ? En distribuant ainsi à ses fils ces superbes chars ornés de joyaux, ce riche personnage se rendit-il coupable de tromperie ou non ?


« Non, Honoré du monde, répondit Shariputra. Ce riche personnage n’a fait que permettre à ses fils d’échapper à l’incendie qui les menaçait et sauver leurs vies. Il n’a commis aucune tromperie. Pourquoi dis-je cela ? Parce que d’avoir la vie sauve était déjà le plus beau des jouets. De surcroît, grâce à l’usage d’un moyen opportun, ils ont pu échapper à cette maison en flammes ! Honoré du monde, même si ce riche personnage n’avait pas donné le moindre petit char à ses enfants, il ne serait encore pas coupable d’une quelconque tromperie. Pourquoi cela ? Parce que ce riche personnage avait déjà décidé en son for intérieur d’employer un moyen opportun pour assurer que ses fils en réchappent. Utiliser un stratagème de ce genre ne peut être considéré comme une tromperie.


Mais encore bien moins si l’on considère que ce riche personnage savait qu’il disposait d’une fortune sans limite, et que son intention était d’en faire profiter ses fils et de les enrichir en offrant à chacun un grand char.


– Très bien, très bien, répondit le Bouddha à Shariputra, il en est vraiment exactement comme tu le décris. Shariputra, l’Ainsi-venu est bien comme cela. En fait, il est comme un père pour le monde entier. Craintes, soucis, angoisses, ignorance et malentendus sont terminés pour lui depuis longtemps, effacés sans aucune trace. Il a parfaitement réussi à acquérir une clairvoyance sans limite, le pouvoir de s’affranchir de toute crainte, l’obtention de grands pouvoirs transcendantaux et le pouvoir de la sagesse. » […]


« Shariputra, notre riche personnage a d’abord utilisé trois sortes de chars pour appâter ses fils, 180_1-Maison en feu-gmais ensuite il leur a uniquement donné à chacun un grand char orné de pierres précieuses, le plus sûr et le plus confortable de tous. Malgré cela, ce riche personnage n’était pas coupable de tromperie. L’Ainsi-venu fait de même et sans tromperie aucune. D’abord il prêche les trois véhicules pour attirer et guider les êtres vivants, mais ensuite il ne se sert que du Grand Véhicule pour les sauver. Pourquoi ? L’Ainsi-venu possède une sagesse incommensurable, le pouvoir, l’absence de crainte, la resserre de la Loi. Il a le pouvoir de donner à tous les êtres vivants la Loi du Grand Véhicule, mais tous ne sont pas capables de la recevoir.


Shariputra, Voilà pourquoi tu dois comprendre que les bouddhas ont recours au pouvoir des moyens opportuns. Parce qu’ils le font, ils établissent des distinctions dans le Véhicule unique du Bouddha et le prêchent comme s’il y en avait trois. »

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *