La parabole du joyau sans prix dans la coiffe

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Extrait du chapitre XIV du Sûtra du Lotus « Les pratiques paisibles » (Le Sûtra du Lotus, Ed. Les Indes savantes, p. 201-202.)


« Manjusri, imaginons par exemple qu’un sage et puissant roi faisant tourner la roue veuille se servir de son pouvoir pour soumettre d’autres pays, mais que les souverains des petits royaumes refusent de lui obéir. Le roi faisant tourner la roue rassemble alors ses troupes et se prépare à l’attaque. S’il constate que certains de ses soldats se sont distingués au cours de la bataille, dans sa grande satisfaction, il les récompense aussitôt selon leurs mérites en leur offrant des champs, des maisons, des villages ou des villes et aussi des vêtements et des parures, ou bien leur distribue divers objets précieux comme de l’or, argent, lapis-lazuli, nacre, agate, corail ou ambre, ou des éléphants, chevaux, chariots, serviteurs et servantes ou des gens. La seule chose qu’il ne donne pas est le joyau étincelant qui orne son chignon. Pourquoi cela ? Parce que ce joyau unique ne se trouve qu’au sommet de la tête du souverain, et que, s’il en faisait cadeau, cela causerait sûrement consternation et inquiétude chez ses sujets.


Manjusri, il en va de même pour l’Ainsi-venu. Il se sert du pouvoir de la méditation et de la sagesse pour conquérir les terres du Dharma et devenir souverain du Monde des trois plans, mais les rois-démons refusent d’obéir et de se soumettre. Les sages et les vénérables, généraux de l’Ainsi-venu, leur livrent la bataille et, lorsque l’un quelconque des soldats du Bouddha se distingue, le Bouddha s’en réjouit dans son cœur et prêche alors aux quatre sortes de croyants divers sûtras, en leur procurant de grandes joies. Il leur fait don de méditations, émancipations, racines et pouvoirs délivrés de toutes souillures, ainsi que d’autres trésors de la Loi. Il leur fait également don de la cité du nirvana, leur déclarant qu’ils ont atteint l’extinction, guidant leur esprit et leur procurant de grandes joies. Cependant, il ne leur prêche pas le Sûtra du Lotus.


Manjusri, quand le roi faisant tourner la roue remarque qu’un de ses soldats s’est particulièrement distingué, il en est si heureux qu’il ôte de son chignon – où il était fiché depuis si longtemps et n’avait jamais été donné à la légère – ce joyau à la beauté incomparable et lui en fait cadeau. Or l’Ainsi-venu fait de même. Il agit dans le Monde des trois plans en tant que grand roi du Dharma. Il utilise la Loi pour instruire et convertir tous les êtres vivants et regarde ses armées de sages et de vénérables se battre contre les démons des cinq agrégats, les démons des désirs terrestres et le démon de la mort. Et lorsqu’ils ont gagné distinctions et mérites, ont éradiqué les trois poisons, sont sortis du Monde des trois plans et ont détruit les filets des démons, l’Ainsi-venu est alors au comble de la joie. Ce Sûtra du Lotus a la capacité de faire accéder les êtres vivants à la sagesse suprême, mais il se heurtera à une grande hostilité dans le monde et sera difficile à croire. Il n’a pas été prêché précédemment, mais je le prêche à présent.


Manjusri, le Sûtra du Lotus est primordial parmi tous les enseignements de l’Ainsi-venu.

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De tous ses enseignements, c’est le plus profond. C’est celui que l’on donne en tout dernier, de la même façon que ce puissant roi a finalement donné le joyau étincelant qu’il gardait depuis si longtemps.


Manjusri, le Sûtra du Lotus est la resserre secrète des bouddhas, les Ainsi-venus. Il est au premier rang parmi les sûtras, il occupe la plus haute place. Au travers de la longue nuit, je l’ai gardé et préservé et ne l’ai jamais propagé inconsidérément. Aujourd’hui, toutefois, je l’expose pour la première fois à ton intention. »

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