La parabole de l’excellent médecin et de ses enfants malades

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Extrait du chapitre XVI du Sûtra du Lotus « La durée de la vie de l’Ainsi-venu »
(Le Sûtra du Lotus, Ed. Les Indes savantes, p. 219-221.)


« Ainsi, depuis que j’ai atteint la bouddhéité, un laps de temps extrêmement long s’est écoulé. La durée de ma vie est d’un nombre incommensurable d’asamkhya de kalpa, et pendant tout ce temps je suis resté ici, sans jamais entrer dans l’extinction.


Hommes de bien, dès l’origine, j’ai pratiqué la voie des bodhisattvas et la longévité que j’ai alors acquise n’est pas encore arrivée à son terme, mais durera deux fois le nombre d’années déjà écoulées. À présent, même si en fait je n’entre pas réellement dans l’extinction, j’annonce que je vais m’engager dans le cycle de l’extinction. C’est un moyen opportun que l’Ainsi-venu utilise pour instruire et convertir les êtres vivants.


Pourquoi fais-je cela ? Parce que si le Bouddha demeure très longtemps dans ce monde, les personnes de mince vertu n’arriveront pas à planter de bonnes racines, mais, vivant dans l’indigence et la bassesse, seront attachées aux cinq désirs et prises dans les filets des pensées illusoires et des chimères. Constater que l’Ainsi-venu est perpétuellement présent en ce monde et n’entre jamais dans l’extinction rendrait ces personnes arrogantes et égoïstes ou les ferait sombrer dans le découragement ou la négligence.


Elles ne réaliseraient plus combien il est difficile de rencontrer le Bouddha et ne l’approcheraient plus avec respect et déférence.


Voilà pourquoi, utilisant un moyen opportun, l’Ainsi-venu déclare : “Moines, vous devriez savoir qu’il est très rare de vivre à une époque où l’un des bouddhas apparaît dans le monde.” Pourquoi fait-il cela ? Parce que certaines personnes de mince vertu peuvent au cours d’innombrables centaines, milliers, dizaines de milliers, millions de kalpa avoir la chance de voir un bouddha alors que d’autres n’en verront jamais le moindre. Voilà la raison pour laquelle je leur dis : “Moines, l’Ainsi-venu est vraiment difficile à voir.” Quand ils entendent cela, les êtres vivants réalisent nécessairement la grande difficulté de rencontrer le Bouddha. L’envie va alors en grandir dans leur esprit, ils vont réellement avoir soif de le contempler et seront alors enclins à planter de bonnes racines. Voilà pourquoi l’Ainsi-venu, qui en vérité n’entre pas dans l’extinction, mentionne cependant son passage en extinction.


Hommes de bien, les bouddhas et les Ainsi-venus prêchent tous une Loi analogue à celle-ci. Ils agissent dans le but de sauver les êtres vivants, donc ce qu’ils font est vrai et juste.


Figurez-vous ainsi un excellent médecin, sage et avisé, versé dans l’art de concocter des remèdes guérissant réellement toutes sortes de maladies. Ce médecin a quantité de fils, peut-être dix, vingt ou même cent. Ses affaires l’appellent dans une contrée lointaine. Après son départ, ses enfants absorbent une boisson empoisonnée qui les fait tomber sur le sol en se tordant de douleur.


À cet instant, leur père revient à la maison et découvre que ses enfants on bu du poison. Les uns ont déjà complètement perdu l’esprit, d’autres non. Voyant leur père de retour de son lointain périple, ils s’agenouillent devant lui au comble de la joie et l’implorent : “Quel bonheur que vous soyez de retour sain et sauf ! Stupides que nous sommes, nous avons bu du poison par erreur. Nous vous supplions de nous guérir afin d’aller au terme de notre existence !” Constatant l’intense souffrance de ses enfants, le père suit alors diverses prescriptions.


Il rassemble diverses herbes médicinales qui répondent à toutes les exigences de couleur, saveur et odeur, il les pile, les tamise et les mélange, puis il en donne une dose à ses enfants en leur disant : “Voilà un remède extrêmement efficace, de couleur, de saveur et odeur excellentes. Prenez-le, votre douleur sera aussitôt soulagée et vous serez délivrés de toute maladie.”


Ceux des enfants qui n’ont pas perdu l’esprit réalisent que c’est un bon remède, d’une couleur et d’une odeur exceptionnelles. Ils le prennent donc aussitôt et sont entièrement guéris. Ceux qui ont perdu l’esprit sont tout aussi réjouis du retour de leur père et le supplient aussi de les guérir, mais, lorsque le remède leur est tendu, ils refusent de le prendre. Pourquoi cela ? Parce que le poison a déjà fait de profonds ravages et que leur cerveau ne fonctionne plus comme auparavant. Même si le remède est d’une couleur et d’une odeur excellentes, ils ne le perçoivent pas comme bénéfique.


Le père se dit : “Mes malheureux enfants ! À cause du poison qu’ils ont absorbé, leur esprit est complètement égaré. Bien qu’ils soient heureux de me revoir et m’aient demandé de les guérir, ils refusent de prendre cet excellent remède. Il va falloir que j’use d’un moyen opportun pour les inciter à le prendre.” Il leur dit alors : “Vous n’êtes pas sans savoir que je suis maintenant vieux et épuisé et que le moment de ma mort est venu. Je vais laisser ici ce bon remède. Prenez-le sans douter de son efficacité.” Ces instructions données, le père s’en va dans une autre contrée, d’où il envoie un messager à la maison annoncer : “Votre père est mort.”


Alors, les enfants, à la nouvelle que leur père les a quittés et qu’il est mort, sont accablés par le chagrin et consternés. Ils se disent : “Si notre père était vivant, il aurait pitié de nous, et s’assurerait que nous sommes protégés. Mais, maintenant, il nous a abandonnés et il est mort dans une contrée lointaine. Nous voilà orphelins et sans abri, sans personne sur qui compter !”

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À force de ressasser leur chagrin, les enfants finissent par reprendre leurs esprits et se rendent compte que le remède est en fait de couleur, saveur et odeur excellentes. Ils le prennent et sont aussitôt guéris de tous les effets du poison. Apprenant que ses enfants sont rétablis, le père revient aussitôt chez lui et se présente devant eux.


Qu’en pensez-vous, hommes de bien ? Peut-on dire que ce médecin expérimenté s’est rendu coupable de mensonge ? »


« Non, Honoré du monde. »


Le Bouddha reprit : « Il en va de même pour moi. Cela fait d’innombrables incommensurables centaines, milliers, dizaines de milliers et millions de nayuta et asamkhya de kalpa que j’ai atteint la bouddhéité. Cependant, pour le bien des êtres vivants, je me sers du pouvoir des moyens opportuns et je dis que je vais bientôt passer en extinction.


Dans ces circonstances, cependant, personne ne peut affirmer que je sois coupable de mensonge ou de fausseté. »



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