Hortithérapie : un jardin contre la souffrance

L’hortithérapie est une méthode qui nous vient d’Amérique du Nord et du Japon. Elle permet de lutter contre les maux de tête, la dépression ou encore d’améliorer l’autonomie de nombreux malades. De l’anglais « Horticultural therapy » : il s’agit littéralement de la thérapie par le jardinage.


Se promener dans un jardin thérapeutique est une véritable expérience pour les sens destinée à rétablir l’équilibre et l’harmonie.

Dès 1982, un article publié dans la revue « Science » mettait en évidence le fait que des patients se remettaient plus rapidement d’une opération à partir du moment où leur fenêtre donnait sur un paysage naturel. Et en 1986 les deux scientifiques Ulrich et Simons ont démontré que la vue des plantes diminuait les symptômes physiologiques liés au stress (baisse de la tension musculaire et de la pression artérielle, rééquilibrage du rythme cardiaque…) et redonnait de la vigueur.


Ainsi contempler un beau paysage semble agir sur l’anxiété, la tension artérielle et musculaire, et diminue les migraines. Contrairement à la ville et ses bruits de moteurs, de klaxonnes, le métro, le train… Les feuilles qui volent, le craquement des brindilles et de la neige sous nos pieds, le chant des oiseaux, sont des sons qui apaisent.


Un jardin des cinq sens



Se promener dans un jardin thérapeutique est une véritable expérience pour les sens destinée à rétablir l’équilibre et l’harmonie. Pour ce faire, elle fait appel aux propriétés curatives des plantes et à leurs effets apaisants.
Un jardin thérapeutique regroupe à la fois un potager, un parcours de motricité et des espaces de détente.


De par son agencement, tous les sens sont mobilisés :


– l’ouïe (bruit de l’eau, des oiseaux, du vent…)
– le toucher (matériaux, plantes…)
– la vue (couleurs, œuvres d’art…)
– l’odorat (senteurs des fleurs…)
– le goût (plantes aromatiques, fruits…)


Équipés d’allées stabilisées, de bancs de cultures, de repères pour non-voyants, d’informations visuelles, ils forment réellement un lieu convivial et contribuent à apporter le calme et la quiétude. Ces jardins du bien-être permettent également d’échanger des savoirs et donc de lutter contre l’isolement.


Mettre la main à la pâte



L’hortithérapie est surtout développée au Canada, aux États-Unis, en Europe du Nord mais peu en France. La Niwaki thérapie, appelée également la « taille japonaise », est son équivalent au Japon. Il s’agit d’un art ancestral basé sur un profond respect de la nature. L’idée est d’évoquer l’empreinte laissée sur la végétation comme le vent, la neige ou encore le gel mais aussi par les animaux. De nombreux experts de l’agriculture et de l’Agroalimentaire indiquent qu’il s’agit de « l’utilisation des plantes et des activités de jardinage afin d’améliorer l’état physique et mental ». Pour les moins sportifs, l’avantage est qu’elle donne la possibilité de faire un minimum d’activité physique au grand air et donc de brûler des calories (30 minutes de jardinage permet de brûler 125 à 200 calories). Les promenades dans un jardin, un parc pour admirer la végétation sont salutaires pour la santé et exercent des muscles rarement sollicités.


Cultiver des plantes en groupe permet de faire des rencontres avec des personnes qui ont des intérêts similaires, et de partager les résultats avec d’autres. De cette manière, socialement elle favorise l’ouverture sur le monde extérieur. Et c’est une très bonne chose puisque, ne l’oublions pas, la solitude est une des causes principales de chagrin et de dépression. C’est un véritable outil d’intégration. Ajoutons à cela que le fait de consommer sa propre production et en plus de partager cette expérience est aussi un élément important. Mais encore cultivés sans pesticides, ces aliments sont plus sains et donc meilleurs pour la santé.


Un réveil des sens



Avec une activité comme le jardinage, des personnes atteintes de handicaps moteurs peuvent utiliser leur corps, lui redonner une fonction et une utilité. Elle peut également être utile dans le cadre de l’autisme, de l’hyperactivité des enfants ou de l’anorexie. En effet, elle semble avoir des effets positifs en terme d’accompagnement. Il ne s’agit pas de prendre la place des médicaments, mais plutôt d’accompagner les pathologies en réactivant des fonctions sensorielles un peu endormies.


Plus particulièrement, chez les personnes souffrants de la maladie d’Alzheimer, l’hortithérapie réveille les sens. Ainsi odeurs, couleurs ou encore textures peuvent rappeler des souvenirs d’enfance. De plus, l’évolution des saisons apporte des repères qui permettent de se situer dans le temps. Et depuis peu, le Ministère de la Santé reconnaît cette thérapie comme « non médicamenteuse, entrant dans le cadre des actions du Plan Alzheimer ». Mais encore, en France il existe désormais un label « jardin et santé ». L’hortithérapie est aussi utile pour les personnes âgées désorientées présentant des problèmes de mémoire puisqu’elle permet une stimulation sensorielle par la mémoire.


Comme c’est le cas au centre hospitalier de Sainte-Foy-la-Grande en Dordogne, de plus en plus d’établissements accueillant des personnes âgées et handicapées se dotent de jardins thérapeutiques. On en trouve maintenant sur tout l’hexagone. A cet effet, la Fédération Hospitalière de France (FHF) et le salon Géront’Expo se sont associés, cette année, pour créer la première édition du prix « Jardins thérapeutiques ». Il a été décerné le 18 mai à l’Ehpad Nauton Truquez situé à Peyrehorade dans les Landes.


Comment faire son propre « jardin thérapeutique » ?



Si vous voulez créer votre propre jardin thérapeutique, voici quelques critères à respecter :


– la visite doit durer au moins 45 minutes
– les plantes et végétaux doivent être rares, variés et originaux
– la situation du paysage doit susciter de l’intérêt


N’hésitez par à vous baser sur votre potager pour recréer un jardin du bien-être.


Vous pouvez joindre l’association des Jardiniers de France (Valenciennes) qui a réalisé un jardin où tout le monde peut s’épanouir. Depuis 2001, Didier Fontaine, le responsable du jardin accueille deux fois par mois les résidents d’un centre d’hébergement et d’aide à l’intégration (CHAI). Certains de ses correspondants ont mis en place des espaces adaptés à l’hortithérapie. Pour connaître la liste des clubs locaux en France vous pouvez contacter l’association au 03 27 46 37 50. Le site de l’association Jardins et Santé propose quant à lui une liste des jardins. Sachez également que le 5ème arrondissement de Paris accueille un jardin paysager et potager destiné à la convivialité et au bien-être. Situé au cœur du site hospitalier de l’institut Curie, ce jardin terrasse a été aménagé par les patients eux-mêmes. Pour connaître les horaires des visites cliquez ici.


En clair, semer, empoter ou planter des légumes conduiraient à la sérénité et au bien-être. Avec cette nouvelle approche thérapeutique les patients peuvent ainsi déambuler, regarder, s’asseoir, sentir, cueillir, jardiner… Autant d’activités qui stimulent les émotions pour des personnes handicapées ou dépendantes. Un bonheur en plein air à partager en famille comme une sorte de retour à la terre, à l’origine et qui nous rappelle qu’il faut rester humble face à la nature.


• Emmanuelle Grimaud, pour www.sereni.org



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