Quelle place pour les pères d’aujourd’hui ?

Entre père et homme, il semble qu’il y ait un pas, pourtant l’un est indissociable de l’autre.

Nous avons tous notre propre image de ce que doit être un père. Autoritaire, aimant et protecteur pour certains, il devra aussi être tolérant, généreux et affectueux pour d’autres. Loin de nous est l’image du « Père Fouettard » du XIXe siècle, qui se devait d’être autoritaire, droit et strict. C’est lui qui faisait le lien entre la famille et le monde extérieur. Principal garant économique de la maison, il s’occupait de la survie du foyer, mais pas de son entretien. Aujourd’hui,  les repères ont tout simplement été chamboulé, d’un père absent on se retrouve aujourd’hui avec des « papa-poules », des « père-modèles » qui reprennent les tâches traditionnellement attribuées à la mère. Pourtant, si les femmes voient bien souvent d’un très bon œil cette évolution, certains confondent bien souvent paternité et masculinité. Entre père et homme, il semble qu’il y ait un pas, pourtant l’un est indissociable de l’autre. Alors le père pour le privé, l’homme figure publique ? La question se pose encore.



L’évolution historique de la paternité

Qu’on ne s’y trompe pas, la société française n’a pas toujours été constituée de pères absents, ne rentrant à la maison que pour nourrir le foyer. Cette image du père symbolisant la loi, l’autorité était surtout vraie dans les milieux bourgeois du XVIIIe siècle. La femme au foyer était encore un mythe pour le milieu paysan. Tous les membres du foyer devaient participer aux tâches ménagères et agricoles. L’indépendance financière n’était donc pas de l’unique ressort du père. Après la Révolution, les rôles des parents vont être redessinés. Balzac dira même « La République a coupé la tête à tous les pères de famille ». Les femmes revendiquent déjà un partage des tâches plus égalitaire, et la puissance paternelle est remise en cause. En 1792, les majeurs ont le droit de s’émanciper du droit paternel. Deux siècles plus tard, après les révoltes culturelles de 1968, on supprime le droit paternel pour faire place à l’autorité parentale. En effet, le XXIe siècle célèbre les libertés individuelles, la démocratie, l’égalité homme-femme et voit l’avènement d’un tout nouveau schéma familial.



Être père ou être un homme: l’énigme de notre époque

Avant, les rôles étaient clairement définis entre la mère et le père. Mais la paternité moderne se cherche. Plusieurs facteurs ont provoqué ces modifications. La condition féminine a évolué. Les années 60 ont apporté leur lot de changements, avec une féminisation du monde du travail, plus de femmes dans les sphères dirigeantes, des études plus longues, une maternité tardive et moins d’enfants. La famille nucléaire traditionnelle est maintenant recomposée, monoparentale ou homoparentale. La fécondation se maîtrise, et le chômage masculin est une véritable réalité. Dès lors, les familles s’adaptent à ces mutations. Les pères au foyer sont plus nombreux, les rôles s’inversent, les pères sont plus présents et participent à l’éducation et à l’épanouissement des enfants. Quitte à laisser de côté l’image du père « viril », pourvoyant aux besoins de sa famille. Si les femmes se réjouissent plutôt de ces changements, le modèle du père-idéal jonglant entre responsabilités familiales et indépendance, dépend bien souvent du milieu social. Ces attentes parfois contradictoires, entre le père protecteur, garant du foyer, mais aussi le père mari, remettent en question l’identité du père en tant qu’homme. Son rôle n’est plus une évidence. Il se réinvente, se remanie et s’affirme. Souvent à tâtons.



La paternité moderne encadrée

La société change, et la législation l’encadre. Le père représentant de la loi, assurant l’ascendance et le nom de famille n’est plus qu’un souvenir. Désormais l’égalité entre les femmes et les hommes s’adapte aussi dans le cadre familial. La société valorise le rôle du père comme celui de la mère. En 2002, le congé paternité est voté, il est de dix jours à prendre dans le mois suivant la naissance de l’enfant. Le congé parental d’éducation, encore très peu utilisé, permet trois mois d’interruption de carrière à tout père, avant que l’enfant n’atteigne l’âge de trois ans (seize pour une adoption). Depuis le 30 mars 2006, la loi prévoit un hébergement égalitaire entre le père et la mère en cas de séparation. Ces nouvelles lois permettent aux parents de mieux répartir les responsabilités familiales, et de donner une place plus importante aux pères. Cette évolution n’est néanmoins pas forcément acquise dans les mentalités. De nombreux pères sont tiraillés entre le choix d’une paternité « classique » et un choix de père au foyer. Anodin en apparence, beaucoup de pères se questionnent sur leur rôle, et le comportement qu’ils doivent avoir face à ces exigences contradictoires. Pourtant, si « être mère » paraît naturel, pourquoi « être père » ne le serait pas ? Doit-on forcément lier naissance et maternité? Affection et mère, autorité et père ? Et si la paternité était finalement une pure invention humaine ?


• Élise Lambert, pour www.sereni.org



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