Du bien-être au bien naître : récit d’une naissance douce

L’accouchement sans douleur ?

La naissance toujours fut source de joie, mais aussi de souffrances. L’accouchement sans douleur apparut dans les années 50, mis au point par le Dr Fernand Lamaze. Pour la première fois, une structure médicalisée développait une méthode pédagogique pour informer les femmes enceintes avant la naissance, avec une grande première : des cours de préparation à la naissance ! Cette nouveauté complète permettait d’apprendre aux femmes à sentir leur corps, à le comprendre à travers des cours « sommaires » d’anatomie. Le Dr Lamaze partait d’une louable intention : préparer chaque femme en la « déconditionnant » par rapport à la douleur. Autre nouveauté (pour l’occident) : la respiration devenait le support du déconditionnement. Cette méthode très contestée a eu au moins l’avantage d’exister et a permis à de nombreuses femmes de s’y cramponner pour « moins souffrir ». Mais le terme d’accouchement « sans douleur » était un leurre. Le terme de préparation à l’accouchement sonnait plus juste. Par contre, la fameuse « respiration du petit chien » tant présentée épuisait vite la maman face aux contractions.

Le yoga de Frédéric Leboyer

Soudain, pour les jeunes étudiants en médecine de ma génération, est apparu notre père à tous : Frédéric Leboyer tout frais arrivé d’Inde où il avait étudié auprès de BKS Iyengar, le grand yogi de Poona. Un grand coup de tonnerre dans le ciel des hôpitaux, qui ont fait semblant d’ignorer le phénomène : l’enfant souffrait à la naissance à travers les pratiques d’accouchement, très violentes pour lui, dans une totale ignorance de ce qu’il pouvait vivre ! Beaucoup de praticiens ont haussé les épaules : les projecteurs semblaient indispensables pour mieux y voir, la femme allongée sur le dos, les pieds dans les étriers pour un accès confortable au conduit utérin-vaginal. Couper vite le cordon permettait de réduire le temps de naissance pour la maman et l’accoucheur ou la sage-femme. L’enfant devait être aussitôt mesuré et pesé…

Le bébé suspendu par les pieds, tête en bas, recevait une grande claque sur les fesses pour l’aider à prendre vie : alors bébé pleurait. Des cris puissants annonçaient un bébé vigoureux. Et tout le monde était content. Jusqu’au moment où un dérangeur d’habitudes affirmait dans un livre que les pleurs étaient l’expression d’une souffrance de l’enfant, et que toute la naissance devait être repensée par rapport à l’enfant pour l’accueillir de manière plus douce. Bébé, longtemps lové dans le ventre de sa maman, arrivait dans un monde aux sensations plus directes, la lumière crue heurtait ses yeux, les bruits des pinces, forceps et autres instruments métalliques frappaient ses tympans habitués au liquide amniotique. Frédéric Leboyer, ce fou de gynécologue prônait une lumière faible, peu de bruits d’instruments, pas de précipitation, et comme une évidence, il amenait une révolution de pratique : nul besoin de couper rapidement le cordon. Bien au contraire. Il décrivait le vécu du bébé.

Nous tombions tous des nues. Personne ne s’était vraiment mis à la place du bébé. Du moins, avions-nous oublié les affres de notre propre naissance.

Il expliquait qu’en coupant le cordon, bébé soudain asphyxié, développait un sentiment d’angoisse, puis un réflexe de survie : il inspirait d’un coup pour ne pas mourir. Les poumons jamais utilisés s’emplissaient , l’air entrant trop vite dans les alvéoles pulmonaires encore toutes plissées agissait comme de l’oxygène pur : la brulure vive surprenait le bébé, qui en guise d’expiration se mettait à pleurer. Et tout le monde de se réjouir… Il prônait de prendre son temps, de poser bébé sur le ventre de la maman, d’attendre que le sang dans le cordon diminue naturellement. Bébé pouvait progressivement emplir ses petits poumons, par petites bouffées. Tout était plus doux.

Le 68 des facs

Nous étions en plein rêve. C’était l’époque aussi où Ivan Illich lancait son pavé dans la mare des médecins, avec son livre « Némésis Médical ». Pour Illich, nous devions garder la propriété de notre santé. Tout ne dépendait pas du médecin. Nous avions un mot à dire sur notre santé. Et bien de même, les parents prenaient conscience qu’ils avaient une influence sur la naissance de leur propre enfant. Ils pouvaient mieux l’accueillir, plus consciemment. Les conséquences furent radicales pour moi : c’était l’époque des extrêmes où je faisais 3 heures de yoga par jour, dans le Ahimsa (la non-violence) de Gandhi. Avec le recul, ce radicalisme devait avoir quelques violences… j’ai arrêté mes études de médecine pour ne pas devenir prescripteur de médicaments, et pour me tourner sur ce qui me semblait la voie d’avenir : l’éducation. Je devins prof de gym dans un collège, et le soir après l’école prof de yoga.

Les années 70 à 80

De nouveaux gynécologues entrèrent dans la brèche créée par Frédéric Leboyer. Des lieux chaleureux s’ouvrirent, plus conviviaux. Par le yoga, les femmes découvraient les respirations vaginales, la maîtrise des sphincters. Je faisais partie de cette vague post-Leboyer : les idées nouvelles devenaient réalité. Pour la descente du bébé au moment de l’accouchement, nous préconisions d’expirer pour accompagner le bébé par le souffle de la maman… au lieu d’inspirer, de bloquer le souffle et de pousser comme pour aller aux toilettes ! Papa pouvait non seulement être présent lors de la naissance, mais dans de nouvelles salles appelées « salles-nature », le couple pouvait évoluer librement. Certains couples ne faisaient que mettre une musique de leur choix, d’autres prenaient un bain dans la baignoire placée au milieu de la pièce, d’autres encore utilisaient une chaise permettant au couple d’être enlacé lors de l’expulsion : le papa avait ainsi l’impression de mettre lui aussi le bébé au monde. Je découvrais l’importance de l’homme au moment de la naissance. Le papa en respirant au même rythme que la maman, vivait plus intensément cette naissance et la maman se sentait soutenue par le souffle complice de son compagnon de vie. A cette époque, je faisais des cours et stages appelés « BIEN NAITRE, BIEN ÊTRE : Pour une naissance douce ». Après la naissance et tout le travail de reconstruction du périnée pour la maman, je proposais des cours de massage pour bébé, pour apprendre aux parents à masser leur enfant. Puis, suivaient des cours de yoga familial, parents et enfants réunis dans une même activité.

Tous les médecins, les profs et thérapeutes de tous poils que nous étions, savaient que pendant ce temps-là la majorité des femmes continuaient à accoucher de façon conventionnelle en maternité ou à domicile. A noter que les sages-femmes ont été toujours exceptionnelles dans leur dévouement, surtout celles qui se déplaçaient à domicile en prenant tous les risques. Il fallait des femmes autonomes, adaptables, au jugement rapide. Face au corps médical pontifiant et à l’expérience ancestrale des sage-femmes, nous étions des marginaux, des baby-boomers devenus trop entreprenants. Pour d’autres, nous étions des fous dangereux. L’enfant devenait extrêmement important. Beaucoup d’erreurs, de bétises furent faites. Il ne fallait plus gronder un enfant de peur de le traumatiser. L’enfant-roi pouvait tout faire. Approche que personnellement je n’ai jamais partagée. D’une éducation rigide que nous avions reçu, les post-68 plongeaient dans le laisser-faire éducatif… avec tous les échecs que cela a créé. Puis les années passèrent. Et un jour, signe d’un changement de mentalité, les sage-femmes du CHU de Caen sont venues me demander de faire des stages dans le cadre de leur formation continue. Cette aventure a duré près de dix ans : progressivement, en plus des sage-femmes, les cours se sont ouverts aux infirmières, aux aide-soignantes si importantes par leur position centrale dans un service hospitalier. Le yoga, la respiration, la relaxation, les prises de conscience entraient par la petite porte dans un CHU ! En dix ans, nos techniques « bizarres » devenaient politiquement acceptables et même souhaitées. Il est vrai que la demande venait du personnel, chaque jour confronté sur le terrain à une réalité du quotidien. Dans les années 90, l’hôpital de Saint-Malo et celui de Lisieux demandèrent aussi cette formation pour ses sage-femmes.

1981-1983 – L’enfant

Puis un matin, tout change. Nous ne sommes plus enseignants, mais par la magie de la vie, nous devenons futurs parents. Bébé est là, chaudement installé dans le ventre de maman. L’échographie existe déjà, mais à cette époque elle ne sert qu’en cas de problème. Nous en passons une et nous ne voulons pas savoir quel sera le sexe de l’enfant, pour garder intacte la surprise de la naissance. Et les doutes, les questions apparaissent comme pour tous les parents. Où faire la naissance ? Serons-nous à la hauteur ? Serons-nous de bons parents ? Difficile de ne pas avoir de doutes quand toutes les femmes conditionnent la maman enceinte. « Ah, si vous saviez pour moi combien cela s’est mal passé ! », « Ah, ma petite, je vous souhaite bien du courage ! », une autre encore de dire « Ah, vous croyez que vous pouvez mieux faire que les autres et ne pas souffrir. on en reparlera après ! ». La pression ancestrale des femmes sur les femmes.

Questions multiples. Faut-il une maternité avec salle-nature ou à domicile ? Nous sommes en 1981. La France perd l’habitude d’accoucher à domicile. Ce qui était une normalité à l’époque de notre naissance devient un acte insensé, dangereux dans ces années où l’accouchement se médicalise.

Nous décidons de faire la naissance à la maison. L’enfant naîtra sur la table de la cuisine, pour l’occasion transférée dans le salon. En écrivant cela plus de 20 ans plus tard, j’ai l’impression de parler du Moyen-Age. Ce fut une naissance belle et paisible au milieu des bougies et de l’encens sur une musique de Vangelis. L’émotion en coupant le cordon. Et surprise : bébé ne pleure pas. La petite respire tout doucement, encore lovée. Je la prend, la dépose dans une baignoire d’eau tiède et là, l’émotion à l’état pur : dans l’eau, elle se déplie tout doucement et ouvre les yeux, deux yeux immenses, calmes. Pas de pleurs, juste la paix… et le choc de devenir parents. Que c’est beau un enfant, si petit, si fragile et si serein. Pendant, trois jours, nos décidons de vivre cette intimité à trois. Nous ne téléphonons pas aux grand-parents, ni à personne. Etre, juste être ensemble pour vivre ce temps d’exception. Nous ne donnons pas de nom à l’enfant le premier jour, pour la connaître, pour que le prénom jaillisse de lui-même : bienvenue Clémentine !

Puis deux ans plus tard, un autre être se présente : nous décidons de faire à nouveau la naissance à la maison au milieu de la désapprobation de notre famille, très inquiète. Nous n’imaginons pas partir à la maternité et que le premier enfant voit arriver maman avec un autre enfant dans les bras. Faut-il faire l’accouchement en présence de la grande sœur ou non ? Sera t-elle traumatisée par certaines scènes de sang qui coule ? par les respirations ? Et si cette naissance se passait moins bien ? Doutes, toutes les certitudes tombent. Et puis cette sensation que la naissance est une fonction naturelle, que des milliers, des millions de vies avant nous ont rodé ce passage. Finalement, la naissance se fait dans le canapé de la salle à manger avec Clémentine assise sur le bord du lit. Tout se passe sereinement. L’enfant nait. Quelle chance, encore une fille. Je la prend, elle est lumineuse, souriante déjà. Elle ouvre les yeux dans l’eau. Pas de pleurs. Déjà beaucoup d’amour et de joie de vivre au coin des yeux. Un corps débordant de puissance et d’enthousiasme. L’émotion m’envahit. Bienvenue Amélie.

Et de me souvenir que ma maman est morte le jour de ma naissance. La vie appelle la vie. Les difficultés appellent la vie. Maman, voici tes petites-filles…

Pour une naissance différente.

Alain Delaporte-Digard, pour www.sereni.org

 


Alain Delaporte-DigardPendant ses nombreux tours du monde, Alain Delaporte-Digard a développé une connaissance de l’être dans sa globalité, une compréhension du fonctionnement du corps et de ses blocages, un savoir-faire amenant au savoir-être.

Il a créé avec sa femme Josiane une méthode pour réguler les flux dans le corps, la bioRégulation. Il continue à créer des SPA dans le monde entier (Giorgio Armani à Tokyo, le nouveau paquebot France, …, SPA en Azerbaidjan et au Maroc en cours)

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