L’enseignement des contes russes

Des générations d’enfants ont grandi bercées par les mêmes contes, constituants en Russie d’un véritable art oral. On dit que certains furent inventés il y a plus de mille ans, à une époque où peu de villageois savaient lire ou écrire ; les contes se transmettaient alors de bouches à oreilles. Ainsi ils voyagèrent jusqu’à nous et aujourd’hui, chacun se souvient avec tendresse de son conte favori.


D’une certaine manière, tous se ressemblent. Ils commencent et se terminent par la même phrase, mettent en scène des personnages aux traits plus ou moins similaires, et la construction des sujets se veut classique et très simple : un début, un milieu et une fin.


Les contes mettent en scène les mêmes personnages . Il est d’usage que le personnage principal se nomme Ivan : un jeune homme guère apprécié  jusqu’à ce qu’il fasse montre d’une réelle intelligence – il vaincra alors ses ennemis, viendra au secours des malheureux et bien-sûr gagnera l’amour d’une belle jeune princesse (tsarevna) . Au final, Ivan qui ne fait jamais preuve d’aucune convoitise matérielle, se voit offrir par le tsar la moitié de son royaume.


Les femmes sont traditionnellement dépeintes  comme étant sages, intelligentes et très belles en plus d’être dotées de pouvoirs magiques.


Ivan peut être aidé d’animaux doués de parole. Ces derniers lui offrent leur  aide moyennant un service, ou au contraire, tentent de se désengager s’ils représentent le mal. Les animaux positifs sont l’ours, le lapin et le cheval opposés aux animaux négatifs que sont le loup et le renard.


Les principaux ennemis d’Ivan sont Kaschey Bessmertniy, Zmey Gorinytch et Baba Yaga. Le premier est une créature ressemblant à un mort (très maigre et très pâle), il est immortel, et invincible à moins de trouver sa mort au bout d’une aiguille. Cette aiguille est dissimulé dans un œuf, lui-même contenu dans un canard à l’intérieur d’un lapin dans un coffret fermés l’aide de chaînes d’or et enfermé à l’intérieur d’une grotte.


Zmey Gorinytch est un dragon (en russe le mot « zmey » signifie « serpent ») à 3 têtes, dont chacune crache du feu. Il ne meurt que si ses trois têtes sont coupées.


La Baba Yaga est le personnage le plus célèbre mais aussi le plus mystérieux à mi-chemin entre le bien et le mal. Elle aide parfois à Ivan en lui donnant un conseil ou lui confiant un objet magique. Toutefois, dans le même temps elle est souvent la complice de Kaschey et devient dans certains contes un personnage principal. Baba Yaga est une vieille sorcière de la forêt vivant dans une izbuchka (une petite maison) pourvue de pattes de poule. Quiconque veut pénétrer sa maison doit lui demander de se retourner. La Baba Yaga se déplace dans un grand mortier volant dirigé à l’aide d’un balai. Le plus étonnant dans ce personnage est la sympathie qu’il suscite alors même qu’il représente le mal.


Les objets magiques sont omniprésents dans les contes : on retrouve ainsi très souvent un tapis volant, une nappe qui distribue la nourriture en  grande abondance, une pelote de laine qui roule vers le bon chemin… Ces objets fantasmés par les Russes vivant dans la misère, leur permettaient d’y projeter leurs rêves d’une vie meilleure.


Certains contes ne voient intervenir que des protagonistes animaux. Chacun possède sa propre caractéristique : le lapin (souvent au centre du récit) est lâche tandis que le renard est rusé, l’ours maladroit et le loup très mauvais bien que stupide.


Dans une autre série de contes, les personnages principaux sont des objets. L’un des plus célèbres en Russie raconte l’histoire de Kolobok – une boule de pain enfuie de sa maison. Elle rencontre une série d’animaux qui souhaitent la manger, et leur échappe à chaque fois en fredonnant une chansonnette dans laquelle elle raconte sa fuite. Elle tombe alors sur le renard qui prétend ne rien entendre de sa chanson. Ce dernier demande alors  à Kolobok de se poser sur son nez afin qu’il puisse mieux saisir ses paroles. Kolobok s’exécute au grand plaisir du renard qui la mange. Il s’agit d’un des rares contes russes narrant l’issue tragique du personnage principal. Toutefois, ce récit est atypique car on n’y dénote pas réellement de personnage positif, malgré toute la sympathie qu’inspire Kolobok chez le lecteur…


Mais d’une manière générale, et ce quels qu’en soient les personnages, on peut dire que les contes russes véhiculent des enseignements d’ordre moral : l’honnêteté, la valeur de l’amitié et de l’amour,  et la bonté de cœur plus forte que toutes les médisances.


• Lada Dibrova, pour www.sereni.org



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