Le slam, activisme en poésie

Rap littéraire? Poésie urbaine? Nous avons tous eu un coup de cœur pour l’un ou l’autre de ces nouveaux chanteurs qui pullulent sur la scène de la chanson française. Que ce soit pour les textes envoûtants de Grand Corps Malade ou encore pour les rimes parfaites d’Abd Al Malik, chacun voit dans le slam sa propre conception de cet art nouveau, hybride, qui allie créativité et authenticité propre aux plus beaux poèmes de l’histoire de la langue française.

Des origines outre-atlantiques


Le slam est un art oratoire où quiconque souhaite s’exprimer, occupe la scène. Pas besoin d’une thématique particulière, de mémorisation ni de format de texte. On retrouve le slam soit sous forme de micro ouvert sur scène libre soit sous la forme de tournoi sur base de quelques jurés sélectionnés dans le public.


 



 

 

La ressemblance entre le rap et le slam, c’est le type de message que les artistes veulent faire passer, souvent engagés contre la société, le racisme et la politique. Toutefois, leurs rythmes sont très différents. Le rap par exemple utilise presque toujours des rythmes 4/4 ou 2/2 (unités de valeurs dans le chiffrage du rythme dans le solfège) tandis que le slam se fait généralement a capella, est « dit » plutôt que « chanté » et n’est pas tenu par un impératif de rime. Le slam est aussi une culture transversale qui se nourrit du théâtre et où la force de la voix, indépendamment de son côté mélodieux, revêt une importance capitale.


Le choix du nom « slam » s’est imposé d’une manière insolite. En effet, l’initiateur du mouvement Marc Smith qui animait des soirées décalées dans un bar à Chicago dans les années 80 avait déclaré lors d’une rencontre à Paris en 2008 à l’atelier de slam poésie du Centre Mercoeur (Paris 20e) avoir trouvé le titre de son spectacle quand un journaliste le pressait de lui donner un nom. Il regardait à ce moment-là un match de baseball à la télévision pendant lequel il aurait entendu le mot « slam » qui signifie « claque ». C’est ainsi que Marc Smith nomma son spectacle « Poetry Slam » (Slam poésie »). On observe alors une certaine effervescence, mais c’est surtout à partir de 1998 et de la diffusion du film Slam, de l’Américain Marc Levin que naissent des vocations qui évacueront de plus en plus la notion de compétition.

 





En France

 

La culture Slam a posé ses premières rimes à Paris en 1995 au Club Club, un bar de Pigalle. Le noyau dur du slam était alors formé de plusieurs interprètes et rappeurs dont Nada, Pilote le Hot et Mc Clean. Mais à cette époque, le slam ne s’était pas encore imposé comme style à part entière, chose qui rendait difficile sa distinction avec le rap.


Aujourd’hui, même s’il cherche encore à revendiquer sa place parmi les différentes disciplines, le slam tend à s’imposer comme LA forme d’expression des grands centres urbains par excellence!


Le slam qui, principalement n’avait aucune ambition commerciale, est révélé au grand jour par le truchement de quelques grands noms de la poésie urbaine tels que Grand Corps Malade, Abd Al Malik ou encore .


Ces artistes qui ont fait connaître ce genre à un plus large public, utilisent des thèmes liés à la politique ou au social pour interpeller un public venu de tous horizons.


Abd Al Malik dont les textes militants s’inspirent beaucoup des fondements des vertus de la spiritualité et de la religion, préconise à travers son slam la paix pour un « vivre ensemble ».


Son militantisme a d’ailleurs dépassé les limites du slam en touchant le monde de l’édition. Sans être radical, il transpose dans ses livres, les idées contenues dans ses poèmes.


L’engagement de Grand Corps Malade qui est sans doute le plus célèbre slammeur de la langue française, touche souvent au social. Cet artiste originaire de Seine-Saint-Denis dénonce l’état déplorable du niveau d’instruction dans certaines banlieues parisiennes. A qui la faute? L’Éducation Nationale qui néglige certaines écoles fréquentées par des jeunes issus de milieux défavorisés.


Cette culture qui se situe à la frontière de la culture populaire de masse et la culture dite élitiste, ne cesse de recruter des adeptes. L’objectif principal du slam est justement de populariser la poésie. Faire de la poésie un art accessible. Démocratiser une culture jadis tournée vers une élite restreinte, une élite disposant des outils nécessaires pour comprendre des textes complexes. Or, voilà que le slam produit de la beauté à partir de mots simples sans pour autant faire montre de naïveté. Contrairement au rap qui prône une expression libre sans concession sur la grossièreté, le slam lui, privilégie un rapport moins violent aux mots.


Le slam est-il une version polie du rap? Non, nous diront les slameurs. Car le slam est avant tout une philosophie et une nouvelle façon de s’exprimer sur le monde qui nous entoure.


• Badr Lebnioury, pour www.sereni.org

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