J’ai testé : le Seitai, gym et art de vivre

Olivier Nesmon est l’un des représentants du dojo Seitaiho en France, où il partage le fruit de onze années d’apprentissage intensif au Japon, aux côtés de son maître Imoto.



Le Seitai tel que le pratique Olivier, est une gymnastique préventive, qui à l’aide d’exercices physiques spécifiques dits « taiso », réapprend au corps à se défendre. Les pratiquants de Seitai croient fermement en notre propre capacité à nous régénérer en puisant dans la connaissance naturelle de notre corps. Dans une société où l’infantilisation du malade prédomine, il est vital de s’attarder sur les rapports que nous entretenons avec lui. Il n’est pas « ça », il est « je ». Le Seitai se veut guide dans cette réflexion.


Dans le but de pallier à ma méconnaissance de cet art, c’est avec beaucoup de curiosité que je me suis rendue à un premier cours d’initiation, sur l’invitation enthousiaste d’un personnage soucieux de « faire ressentir ».


Si je ne m’obligeais pas à une parfaite transparence quant à mon degré de confiance en cette discipline récente, je vous dirais que l’éventualité d’une déception ne m’avait nullement effleuré. A l’heure où tous, sommes en quête d’une direction sûre à suivre, il n’est pas rare de croiser sur nos chemins de novices, maîtres à penser aux motivations incertaines ou charlatans se jouant des concepts asiatiques difficiles à appréhender. Étant moi-même attachée à une discipline martiale et à un maître en qui j’accorde ma pleine confiance, j’admets me laisser aller par moment à cette fougue aux propriétés néfastes « d’œillères » qui caractérise tout jeune pratiquant d’une discipline donnée. A la question de savoir comment il réagit à l’éventuel scepticisme de ses nouveaux élèves, Olivier répond en souriant : « c’est normal ». Aucun prosélytisme, beaucoup de réalisme s’échappe de ces deux mots. Il ne cherche à convaincre personne mais il convainc tout de même par ses propos justes, simples, honnêtes.


Un élément retient mon attention dans la salle où se déroule l’initiation : un tableau. Détail quelque peu déstabilisant qui porte doublement mon attention à l’usage qu’en fera Olivier : des schémas qui introduisent l’exécution de chaque « taiso » et en expliquent ses bienfaits. Ces derniers sont simples, étonnamment détaillés et confirme une expérience approfondie du corps humain. Ils mettent en lumière les différentes vertèbres qui régissent discrètement notre quotidien, nous aide à mieux les situer, pour mieux les travailler.



La force d’Olivier réside dans la compréhension de deux conceptions de l’apprentissage : l’une asiatique, l’autre occidentale. Tandis que l’une demande une assiduité sans relâche et une exécution de l’exercice demandé autant de fois que possible, dans la confiance totale du maître, l’autre place le questionnement sur un piédestal et la réponse qui s’ensuit conditionne l’exécution de l’exercice.


Pourquoi nier à tout prix que l’alliance des deux est possible ? Cette réaction conservatrice qu’excuse peu la passion, a pour conséquence d’abandonner les novices occidentaux dans une flaque de doutes dont il serait si simple de les sortir. Il n’est pourtant pas exclu que l’élève, une fois conforté lors des premiers doutes, s’imprègne petit à petit de ce silence asiatique qui communique mieux que toute parole, le pouvoir que possède son corps. La transition entre les deux systèmes nécessite une souplesse d’esprit de la part de l’élève. Mais plus encore de la part du maître, éternel élève, sollicité dans son humilité et son désir de transmettre sa connaissance.


Au rythme des différents taisos que supervisent Olivier et ses quatre élèves, j’observe l’éveil des corps entrés fatigués quelques heures plus tôt. Mais surtout, je ressens mon propre éveil à cette carcasse que j’ai négligé ces derniers temps. La simplicité a cela de pervers qu’elle fait naître le doute dans nos esprits embourbés dans l’idée que le bonheur ne s’obtient qu’au prix de pénibles efforts. Il est tout à l’honneur de ce véritable « art de vivre » de nous faire renouer avec le plaisir que procure une écoute humble et attentive de notre corps.
Allongée sur un tapis, enrhumée au possible, je m’adonne à des mouvements qui mobilisent chaque fois non pas une mais plusieurs parties de mon corps, comme si à partir d’un seul point se tissait une toile de sensations dont chaque filament échappait joyeusement à mon contrôle.


Le Seitai se donne pour objectif de réapprendre à chacun qu’un corps possède son propre langage, qu’il exprime mieux que n’importe quoi et malgré ce que lui dicte notre intellect, notre accord ou son contraire face à nos propres valeurs. Qu’il s’agisse de frustration d’ordre professionnel ou d’ordre privé, le corps envoie des signaux sensitifs en réaction à cette disharmonie. Stimuler la partie douloureuse afin de mieux comprendre d’où provient ce mal, et appliquer sérieusement les exercices appropriés constituent la seconde étape. Car s’il est essentiel d’agir sur le corps, il l’est davantage qu’un travail en amont ait été effectué au préalable dans le but de déterminer la motivation de chacun. Il devient ainsi possible de dévoiler les conflits internes, aussi minimes soient-il pour non seulement y remédier au cours d’un travail régulier et assidu, mais aussi pour éviter qu’ils ne refassent surface.


En définitive, le Seitai n’apporte aucune réponse. Il invite simplement à les entrevoir par la sensation, à se détacher de cette tendance très cartésienne de réfléchir avant de ressentir, à « lâcher son mental » pour se concentrer sur son langage corporel.
Il est nécessaire de rappeler que cette discipline ne se catégorise pas. Elle n’a sa place dans aucun domaine car elle a sa place dans tous les domaines. Sa pratique, plus qu’une gymnastique du corps, invite à une gymnastique de l’esprit, à une prospection honnête de soi-même, à un questionnement instinctif sur le monde qui nous entoure. Olivier affirme très simplement qu’il n’est question d’aucun mysticisme, d’aucune magie, d’aucun mystère. Le Seitai s’adresse directement à toute personne qui a les pieds sur terre et le désir de vivre en harmonie avec ses valeurs, fermement ancré dans le cœur. Voilà les seuls critères qui conditionnent une bonne évolution dans sa pratique.
Cet art est accessible parce qu’il s’applique partout, par tous, dans le seul but de vivre sereinement au rythme de son corps.
Du mélange de plusieurs médecines ancestrales, les précurseurs du Seitai ont développé un art de vivre qui ne souffre aucune barrière. Il fait le lien concret entre médecine et bien-être en enseignant à accepter plutôt qu’à nier. En cela, le Seitai est une réponse originale à notre société surexposée au règne du tout accéléré et de l’intellect.
Quoiqu’ encore très peu connu en France, le Seitai est promis à un avenir radieux à l’instar de celui qui se dessine pour lui au Québec, où Olivier Nesmon réside. Il enseigne aujourd’hui dans toutes les sphères, dans les pays où la demande s’en fait sentir.


Je réponds à sa demande en exprimant mon principal ressentir : j’ose espérer que très bientôt, les arts martiaux s’ouvriront aux principes du Seitai restant convaincue que ceux-ci se grefferaient avec harmonie à toutes les disciplines martiales sans exception aucune. Ils apporteraient ou renforceraient une base de médecine traditionnelle parfois chancelante, et prodigueraient une réelle amélioration des compétences de chaque pratiquant en lui ouvrant la voie d’une meilleure connaissance de son corps, de ses propres capacités et lui aideraient ainsi à repousser ses limites. Le Seitai, parce qu’il est la preuve la plus efficiente que le commun des mortels porte en lui le don d’œuvrer lui-même au maintien de sa santé, se présente comme la clé accessible, d’une vie équilibrée pour tous.


En savoir plus sur :


? Le blog d’Olivier Nesmon
? Le site Imoto Seitai France


Hélène, pour www.sereni.org



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