Denis Mukwege, « L’Homme qui répare les femmes » au Congo

Reconnu et respecté dans le monde entier, Denis Mukwege met à profit son métier de gynécologue pour aider les femmes congolaises victimes de violences sexuelles à se reconstruire physiquement et psychologiquement. « L’Homme qui répare les femmes », le film de Thierry Michel qui retrace le parcours de ce médecin engagé n’a pas immédiatement plu au gouvernement du pays.

 

Denis Mukwege a 60 ans et n’est pas prêt de mettre fin à son combat contre les violences sexuelles faites aux filles et aux femmes congolaises. Nominé plusieurs fois pour le Nobel de la paix et lauréat de multiples prix de défense des droits de l’Homme, le gynécologue congolais s’est fait remarquer pour son soutien envers les femmes violées par des rebelles ou des agents des forces de sécurité lors des conflits fréquents qui touchent l’Est de la République démocratique du Congo depuis plus de vingt ans.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une censure à double tranchant

 

Sorti en France le 17 février 2016, le film de Thierry Michel, « L’Homme qui répare les femmes », n’a pas pu être diffusé à la date prévu en République Démocratique du Congo.

 

 

« Prix Sakharov 2014, le Docteur Mukwege est internationalement connu comme l’homme qui répare ces milliers de femmes violées durant 20 ans de conflits à l’Est de la République Démocratique du Congo, un pays parmi les plus pauvres de la planète, mais au sous-sol extrêmement riche. Sa lutte incessante pour mettre fin à ces atrocités et dénoncer l’impunité dont jouissent les coupables, dérange. Fin 2012, le Docteur est l’objet d’une nouvelle tentative d’assassinat, à laquelle il échappe miraculeusement. Menacé de mort, ce médecin au destin exceptionnel vit dorénavant cloîtré dans son hôpital de Bukavu, sous la protection des Casques bleus des Nations unies. Mais il n’est plus seul à lutter. A ses côtés, ces femmes auxquelles il a rendu leur intégrité physique et leur dignité, devenues grâce à lui de véritables activistes de la paix, assoiffées de justice ».

 

Alors qu’il devait être présenté à Kinshasa en République Démocratique du Congo en septembre 2015, « L’Homme qui répare les femmes » a été interdit de diffusion. Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication et des Médias a justifié cette censure par une « volonté manifeste de nuire, de salir l’image de notre armée et aucun pays au monde ne peut le tolérer ». Pour les défenseurs du film, il s’agirait plutôt d’une volonté du gouvernement de mettre un voile sur la situation et sur la non prise en charge des autorités sur l’insécurité du pays. Après plusieurs semaines de contestations, Lambert Mende est revenu sur ses propos et « L’Homme qui répare les femmes » a finalement été diffusé en intégralité le 19 octobre 2015 sur la chaîne publique congolaise.

 
 

Une lutte portée à l’international

 

Remise du prix Sakharov 2014 à Denis Mukwege au Parlement européen, Strasbourg 26 novembre 2014. Image du domaine public.

Remise du prix Sakharov 2014 à Denis Mukwege au Parlement européen, Strasbourg 26 novembre 2014. Image du domaine public.

Si Denis Mukwege se bat depuis des années contre les violences sexuelles faites aux femmes au Congo, il vient de prouver une nouvelle fois sa détermination en présentant une pétition aux Nations unies. Signée par plus de 200 organisations, celle-ci réclame la fin de l’impunité pour les responsables de viols et d’abus sexuels au Congo. Dans ce texte, le gynécologue demande à l’ONU de soutenir la création d’un tribunal spécial composé de membres internationaux pour juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis au Congo. Il demande également au Conseil de rendre public une liste de 617 personnes soupçonnées d’avoir commis des viols et des atteintes aux droits de l’Homme en République démocratique du Congo entre 1993 et 2003. Enfin, la démarche de Denis Mukwege vise le prélèvement systématique d’échantillons d’ADN dans les affaires de viol.

 
 

Sarah Belnez pour Sereni Magazine.

 
 



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *